Chronique de Pierre Foglia publiée dans La Presse le 26
janvier 2013
Gouverner
« À la mi-décembre, on apprend qu'une leader autochtone,
Mme Theresa Spence, vient d'entreprendre une grève de la faim. Elle veut
rencontrer M. Harper et le gouverneur général. Elle veut leur parler de ce dont
les autochtones parlent habituellement avec les politiciens, de territoire, de
redevances, de services.
Elle va devenir l'égérie d'un mouvement de contestation
autochtone - Idle No More - qui nous fera un début d'année très emplumé d'un
océan à l'autre.
Je n'entrerai pas dans les cent péripéties de cette
contestation qui n'a pas montré une très grande cohésion chez les leaders
autochtones, mais qui a montré un M. Harper fidèle à lui-même: redoutablement
habile.
M. Harper a attendu que l'on répète à l'envi que la gréviste
de la faim se nourrissait en catimini, que sa propre réserve d'Attawapiskat
n'était sûrement pas une modèle de bonne administration - à ce propos, des
chiffres ont circulé qui ont fait hurler le Canadien moyen et quelques
chroniqueurs -, bref, M. Harper s'est laissé bercer par le sourd ressentiment
qui exsude de la majorité blanche dès qu'un autochtone revendique quelque
chose. Il a finalement rencontré une vingtaine de leaders autochtones.
À l'issue de la rencontre, M. Harper s'est dit résolu à
maintenir un dialogue permanent. Six semaines pour en arriver à ce petit bijou:
M. Harper s'est dit résolu à maintenir un dialogue permanent! Ce n'est pas
tout. M. Harper s'est dit également résolu à «franchir des étapes réalisables
qui donneront de meilleurs résultats pour les communautés des Premières
Nations».
Franchir des étapes réalisables.
La dernière fois que je suis allé dans une réserve, c'était
il y a deux ans, fin avril 2011, à Kitcisakik, une réserve algonquine au sud de
Val-d'Or. Je me suis fait traduire en français le nom de la rue principale: rue
du Barrage, comme dans barrage hydroélectrique. Au bout de la rue du Barrage,
il y a effectivement un barrage. Une petite Manic, si vous voulez. Allez donc
savoir pourquoi la grande majorité des foyers du village n'ont pas
l'électricité. Frigos et télé - pour ceux qui en ont - sont alimentés par une
génératrice.
Rue du Barrage, il y avait une dame sur sa galerie. Elle me
fait signe d'approcher et, en me montrant une sorte de gros vase, me dit: vous
savez ce que c'est, monsieur?
Un pot?
Oui. C'est le pot dans lequel je fais pipi la nuit et mes
quatre garçons aussi. On n'a pas de toilette. On n'a pas de toilette parce
qu'on n'a pas l'eau.
Elle m'a fait entrer dans la pièce unique de sa maison
pas-d'eau-pas-de-toilette-pas-d'électricité - on est bien en 2011 au Canada -,
une pièce unique, disais-je, divisée par une sorte de cloison, côté cuisine,
une truie pour le chauffage, une table, un frigo, un réchaud à deux brûleurs
pour faire la bouffe à ses quatre garçons, côté chambre, des matelas roulés
contre le mur.
C'était fin avril 2011, je l'ai dit. Quelques jours plus
tard, M. Harper allait être élu à la tête d'un gouvernement conservateur majoritaire.
Et déjà très résolu, à cette époque, à franchir des étapes
réalisables.
J'allais oublier le plus drôle de cette histoire, vous
rappelez-vous pourquoi Mme Spence avait commencé sa grève de la faim: pour
rencontrer M. Harper et le gouverneur général. Elle a mis fin à sa grève
mercredi, je vous laisse deviner sur quel souhait: eh bien oui, sur le souhait
de rencontrer M. Harper et le gouverneur général.
La culture
Je suis en train de lire une revue à la fois revigorante
et... désespérante. Revigorante parce qu'elle déménage les méninges,
désespérante parce qu'elle se présente comme un précis de culture générale, 25
essentiels de culture générale regroupés sous le titre Sous peine d'être
ignorant, or plus j'avance, plus c'est le contraire qui survient: plus je me
sens ignorant à force de mesurer tout ce que je ne sais pas. C'est effrayant,
tout ce que je ne sais pas.
Il s'agit de la revue Argument, une revue québécoise
biannuelle qui parle habituellement de politique, de société, d'histoire,
tirage modeste de 350 copies par numéro, pas vraiment alignée, tantôt de
droite, tantôt de gauche, selon les sujets et les signatures. Pas subventionnée
non plus parce que n'entrant dans aucun créneau, elle existe depuis 15 ans, je
vous parle justement du numéro anniversaire.
Le sujet, je l'ai dit, la culture générale, sauf qu'au lieu
de pleurer encore une fois sur son absence, Argument a dressé une liste de 25
sujets essentiels qui pourraient en constituer les fondations.
Bach, La Bible, Lincoln, Proust, La Seconde Guerre mondiale,
Le vouvoiement, La poésie, La Renaissance, Les droits de l'Homme (celui-là, je
n'ai rien compris! rien!), Champlain, Le latin et le grec (lumineux), Homère
et, le plus transcendant jusqu'ici, Le totalitarisme, que je termine à
l'instant.
Je ne suis pas le seul à apprécier ce numéro de haute
voltige puisqu'on a dû aller deux fois en réimpression depuis décembre, près de
3000 exemplaires vendus. Mais ne dites pas que je ne vous ai pas prévenu: vous
commencerez cette lecture vous sachant un peu nul, 25 essentiels plus loin,
vous conviendrez vous-même que vous êtes totalement con. Consolez-vous, vous le
serez déjà un peu moins de le savoir.
PÉPÈRE LA VIRGULE Je
parlais l'autre jour d'une failure chez Armstrong, s'cusez. Je voulais dire
fêlure. Je ne faisais pas mon rigolo avec failure, échec en anglais. C'est bien
de la fente dans le cerveau fêlé d'Armstrong que je voulais parler, fêlure
donc.
Parlant d'Armstrong, de dope et de tout ça, arrêtez de
m'écrire pour m'expliquer que les coureurs prennent de la dope parce que le
Tour est tellement difficile. Le prochain, je le mords. »
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