mercredi 8 mars 2023

Jour 378 - Quelles raisons avons-nous de fêter nos droits ?


En ce jour du 8 mars 2023, les femmes ont de moins en moins de raisons de fêter leurs droits qui sont de plus en plus bafoués. Ce compte-rendu quotidien de la guerre en Ukraine fait un pause en vous proposant l’éditorial du Devoir de ce matin.

 Femmes au front, vous n’avez pas terminé votre combat ! 
«Les universités ont rouvert leurs portes lundi en Afghanistan après la longue pause hivernale. Mais la violence sourde exercée par le régime taliban contre les femmes vient assombrir ce jour de retour à l’« anormal », car seuls les hommes peuvent désormais fouler le seuil des institutions. Les talibans ont annoncé la fin des études supérieures pour les femmes en décembre dernier, après leur avoir interdit l’accès à l’école secondaire, à un emploi public et même à la balade au parc. 

Tout juste à l’ouest, l’Iran est le centre de l’attention internationale et de la révolte intérieure alors que des centaines de fillettes fréquentant une soixantaine d’écoles à travers le pays subissent des intoxications au gaz alors qu’elles sont tout simplement et paisiblement attablées à leur pupitre d’écolière. Le mystère entoure l’origine de ces viles attaques qui ont cours depuis novembre, mais il ne fait aucun doute que les commanditaires d’une telle opération violente ciblent l’éducation des femmes. Les écoles de garçons sont épargnées. C’est proprement révoltant. 

Même si des progrès immenses ont été réalisés en matière de scolarisation des femmes, l’UNESCO en fait encore un de ses plus grands combats à l’échelle de la planète, où plus des deux tiers des adultes qui ne savent pas lire sont encore des femmes. 

On a beau vouloir souligner la Journée internationale des droits des femmes sous l’angle des victoires, le train du réel impose sa vitesse et force la célébration sur le mode de la lutte et de la résistance. Les échecs, les reculs et les lenteurs observés autour d’enjeux d’équité et de sécurité forcent à brandir le flambeau de la dénonciation. Toujours et encore. 

Dénoncer, décrier, déplorer et revendiquer : voilà ce que font les femmes et leurs partisans chaque jour un peu partout sur la planète. Leurs actions ne sont pas vaines, mais elles sont surtout nécessaires. 

Des combats visent la sécurité des fillettes et des femmes, par exemple dans ces pays du monde où se pratique encore l’excision. Amnistie internationale estime que chaque année, plus de 200 millions de femmes subissent une forme ou une autre de mutilations génitales. D’autres luttes visent le respect du droit des femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent : en juin dernier, la Cour suprême des États-Unis révoquait l’arrêt qui garantissait depuis 50 ans le droit des Américaines à avorter en toute sécurité, ce qui désormais est remis en question. Chaque année, dans le monde, 22 000 femmes meurent des suites d’un avortement pratiqué dans des conditions précaires. 

Il n’est pas anodin que cette journée pointe les droits des femmes, car en nombre de territoires du monde entier, des lois existent — ou n’existent pas — pour saper la condition des femmes. Violence conjugale et viols non punis par la justice ; punitions prévues à la loi pour sanctionner les femmes de crimes dont elles ne sont pas responsables (l’adultère d’un mari, par exemple) ; crimes d’honneur tolérés, voire encouragés : la liste noire est longue, et ne fait que souligner le travail qui reste à abattre. 

Plus près de nous, les récentes chamailleries des différentes factions du mouvement féministe québécois ont replacé l’intersectionnalité dans le débat, un débat théorique qui peut toutefois sembler futile — mon féminisme est meilleur que le tien — au regard des batailles engagées universellement sur le terrain. Au Québec, certaines de ces formidables luttes de guerrières portent leurs fruits, qu’on pense seulement au chemin parcouru en matière de justice et de violences sexuelles ou encore à l’action écoféministe inspirante de Mères au front pour la fabrication d’une planète où il fera bon élever ses enfants. Des sentiers demeurent non défrichés. La 67e session de la Commission de la condition de la femme, ce rassemblement annuel des Nations unies sur l’égalité des sexes, s’est ouverte cette semaine sur le thème de « l’innovation, le changement technologique et l’éducation à l’ère numérique pour réaliser l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ». Alors que la révolution numérique a créé d’immenses possibilités pour les femmes, elle leur a aussi tendu de dangereux pièges, avec des phénomènes de discrimination, de harcèlement et de violence en ligne que recherches et sondages disent principalement dirigés contre les femmes. 

À Ottawa, des femmes ont justement demandé lundi au premier ministre Justin Trudeau d’aller de l’avant avec un projet de loi visant à contrer la haine en ligne, dont femmes et filles sont des cibles de choix. Elles subissent du harcèlement, des menaces, de la sextorsion, des niveaux de misogynie qui visent leur intégrité physique. Cette destruction souvent anonyme reste non sanctionnée, et les cyberagresseurs répandent leur fiel sans crainte d’être réprimandés. Un cadre légal forçant les géants du Web à expulser les fauteurs de troubles devient de plus en plus nécessaire. 

La répression et l’oppression faites aux femmes empruntent les chemins de la modernité, et renaissent là où on croyait les avoir vaincues. Femmes au front, vous n’avez pas terminé votre combat. » 

Pour relire l’article dans le journal,

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Pour vous aider à publier votre commentaire, voici la marche à suivre :
1) Ecrivez votre texte dans le formulaire de saisie ci-dessus
2) Si vous avez un compte, vous pouvez vous identifier dans la liste déroulante Commentaire
Sinon, vous pouvez saisir votre nom ou pseudo par Nom/URL
3) Vous pouvez, en cliquant sur le lien S'abonner par e-mail, être assuré d'être avisé en cas d'une réponse
4) Cliquer sur Publier enfin.

Le message sera publié après modération.

Voilà : c'est fait.
Et un gros MERCI !!!!