samedi 21 décembre 2013

Le clin d'oeil du chat (8)




Il y a des jours où je préférerais être un humain. Pas seulement pour me nourrir d’autre chose que de croquettes, pas seulement pour ouvrir les portes sans aide, pas seulement pour jouer de la flûte afin que viennent se poser les oiseaux sur mes bras, ce que je ne sais pas encore faire, hélas !

Mais pour ouvrir de superbes enveloppes comme celles que reçoit ma mère adoptive, oui, je voudrais pouvoir me tenir sur deux jambes, m’exclamer «Ô que c’est  beau !»  en admirant l’incroyable habillement de la carte, toucher la douceur de l’enveloppe, les timbres choisis avec soin, les collants rigolos qui parsèment le verso. L’ouvrir délicatement en prenant soin de ne pas abîmer l'écrin ou l'oeuvre, puis découvrir les mots de velours qui embueraient mes yeux.








Cette amie de ma mère adoptive possède des provisions d’ingéniosité. J’attends avec une hâte joyeuse chaque anniversaire, chaque fin d’année, chacun des voyages qu’elle prépare. Quels mots aura-t-elle choisis pour parler de Chicago, de Copenhague, de Rome ou d’Istanbul, quelle image sublime recouvrira ses souhaits de bonne année ? Un plan de la ville? Un paysage qu’elle affectionne ? C’est chaque fois une  image inattendue que je contemple avec l’envie d’avoir une autre vie que la mienne.







Hier midi, son enveloppe de voeux de fin d’année était dans la boîte aux lettres. J’ai vu ma mère s’éponger discrètement les yeux après avoir lu les souhaits qu’elle apportait. Elle a laissé la carte sur la table dans le but que je la lise. Elle sait à quel point j’apprécie les envois de sa précieuse amie. Celle-ci avait écrit: «J'ai lu le billet de Messidor. J'espère que son ami laissera ce message se déposer en lui et qu'il en germera une réconciliation. Et l'apaisement de son chagrin. (...) J'espère que l'année sera belle et que tu continueras à l'embellir avec des citations choisies, des billets, des paysages uniques. Je te souhaite de la tranquillité soyeuse, des ciels étoilés de bonnes idées, de la douceur ronronnante, chatoyante. »


»




J’étais touché, elle avait donc pensé à moi... Mais il y avait une carte plus petite sous la belle enveloppe enneigée. Et avec quel étonnement j’ai vu qu’elle m’était adressée, mon nom était dessus, écrit à l’encre noire. Un des amis de ma mère adoptive avait inscrit Messidor sur l’enveloppe.

Avec quelle fierté je l’ai ouverte pour trouver les vœux de toute sa famille.




J'ai épongé mes yeux, moi aussi. Je ne nommerai pas ces deux êtres d’exception que je remercie du fond du coeur,  ils se reconnaîtront. 

Pour la nouvelle année qui approche très vite, je vais apprendre à jouer de la flûte pour que viennent se poser les oiseaux sur mes bras. Et pour que s'ouvrent les yeux de tous sur la beauté du monde !

vendredi 20 décembre 2013

Une marque d'affection traduite par les sens




Sentir Noël
Et on va y arriver en même temps que tout le monde
Chronique de Josée Blanchette publiée dans Le Devoir le 20/12/13

« La vie se partage entre ceux qui aiment Noël et ceux qui honnissent son nom. Je sympathise avec les uns et les autres. Les grincheux le fuient car, d’évidence, Noël exige trop. Il faut réussir à caser la cascade de bons sentiments et de lourdes étrennes entre deux bordées de neige ; des épreuves dignes des JO de l’organisation.

Je comprends aussi ceux qui l’aiment parce que Noël est une épiphanie dans notre train-train trop rapide, une trêve bienvenue où l’on fait abstraction de tout le reste pour mettre de l’avant la joie, l’amour, la fraternité et le plaisir de partager des odeurs familières. Noël est un idéal de perfection qu’on tente d’atteindre une fois par année en pardonnant le reste, en imposant des parenthèses au temps et aux rancunes. Si les reliquats de la religion servent encore à ça, merci au p’tit Jésus.

Je pourrais vous déballer tout ce que je déteste de Noël, surtout cette année : j’ai regardé les cannes en sucre avec une moue découragée, submergée par la fatigue et la bronchite.

Le sapin baumier n’est toujours pas décoré, ça attendra à demain. Mais il y a deux choses sur lesquelles je ne transigerai pas : l’odeur (celle de l’arbre naturel aussi) et la musique. Elles sont de mèche pour faire ressurgir les souvenirs de jours meilleurs.

Il y a ceux qui ont le Noël visuel ou matériel, moi, je l’ai olfactif et auditif. Je ne connais pas de moment plus joyeux que celui de rouler ma pâte à tourtière en écoutant Auld Lang Syne chanté par Andrew Bird ou Blue Christmas par les Heartless Bastards. « And when those blue snowflakes start falling. That’s when those blue memories start calling. » J’ai beau être végétarienne la plupart du temps, quand vient Noël, l’odeur des pois chiches ne peut rivaliser avec celle du porc et du chevreuil. Et celle du chapon grillé remonte à la genèse, avant l’oeuf ou la poule, inimitable. J’ai essayé avec le tofu, la peau n’est jamais aussi croustillante.

Chaque mois de décembre, je ressors la recette de tourtière de ma grand-mère Deleine et je retire mes alliances toutes enfarinées avant de malaxer la pâte, comme le faisait ma grand-mère Alvine. Je l’entends m’exhorter : « Faut presque pas y toucher, pis ajoute pas trop d’eau ! » Jésus-Marie-Joseph (comme elle disait), ça sent Noël et le saindoux à pleines mains.

Des nouvelles d’eux

Il y a Louise qui vient de m’écrire qu’elle voudrait me faire goûter à sa confiture de citrouille, abricots, noix de Grenoble, vanille et liqueur de whisky à l’érable. Je la hume à distance et j’envie ses voisins. Il y a Suzanne qui m’envoie une photo d’elle et de sa gang de joueurs de bowling dans leur résidence de vieux, autour d’un gâteau aux amandes et orange qu’elle a cuisiné sur fond de sapin artificiel illuminé.

J’ai quasiment hâte d’y être. Il y a Julie qui est rentrée chez elle pour faire face à 72 bonshommes en pain d’épice (tout nus !) découpés par ses deux hommes (enfarinés). Il y a Francine qui prépare ses pizzelles à l’anis et moi qui attends le 23 pour enfourner les biscottis au chocolat et pistaches de di Stasio.

L’odeur se répandra dans la maisonnée comme celle du feu de bois et tout le monde sera plus heureux sans avoir besoin de s’expliquer pourquoi. Le bonheur s’accommode de cette économie de mots. On le sent, c’est bien suffisant. Dans nos multiples listes de choses à faire, on oublie toujours d’ajouter une ligne pour le bonheur, tout en l’espérant à chaque détour.

Une fournée à la fois, nous nous réfugierons dans le giron rassurant des odeurs cent fois reniflées, les canneberges à l’orange et à la menthe, le gratin dauphinois à la courge, le potage aux épinards et cari, le préféré de mon B. Les pets-de-soeur au caramel à la fleur de sel me rappelleront ceux qu’Alvine faisait avec de la simple cassonade.

Chaque année, nous nous demandons comment simplifier Noël, de quelle façon en raviver l’essence tout en jetant le superflu. Chaque année, nous n’y arrivons pas vraiment mais nous conservons ces odeurs familières qui nous envahissent avec ou sans notre consentement, ces arômes ensorceleurs qui disent bien l’amour qu’on assemble, ensemble.

Je sais que Noël pourrait se résumer à cela et ce serait déjà d’un luxe inouï. Sapin et oranges piquées de clous de girofle. Cocooning, qu’ils disent. Moi, je pense cuisining : biscuits, tourtières, gaufres, chaï (je le prépare avec de la cardamome, de la coriandre, du poivre et de la cannelle en bâton, trois sachets de thé Lipton et du gingembre frais).

« Est-ce qu’il y aura une bûche quétaine avec un père Noël dans son traîneau, maman ? » Ah oui ! Et la bûche pour nous rappeler nos arrière-grands-pères bûcherons. Et je roulerai délicatement le gâteau dans un linge humide en chantant Here Comes Santa Claus avec Doris Day ou Baby It’s Cold Outside avec John Travolta et Olivia Newton-John. Oui, la cuisinière a tous les droits.

En une bouffée

Si Noël pouvait se vendre en eau de toilette ou en vaporisateur, j’en achèterais. Je rêve d’un mélange digne du maître parfumeur Jean-Baptiste Grenouille dans le roman Le parfum. On y trouverait probablement de la cannelle, du bout de chandelle, de la suie de cheminée, de la gomme de sapin, de la canne à sucre, de l’écorce de clémentine, de l’excitation, de la barbe à papa, du lait suri au coin du feu, de la miette de biscuit, du désir d’y croire encore, des bulles de champagne, de la neige fraîche, du cantique, du soupir d’enfant qui s’endort, une larme de vieux dont c’est le dernier Noël et du pyjama neuf.

Malgré les apparences, Noël n’est pas une marque de commerce. C’est une marque d’affection qui se transmet par les sens.

Joyeux Noël à vous tous et Joyeuses Fêtes aux autres.
 (…)
JOBLOG

Le seul cadeau qui compte

À Éva qui a le bras dans le plâtre, à Sam qui a mal au ventre, à Katia qui a un cancer des ovaires, à Jean-Guy qui ne sait s’il verra 2014, à Armande qui ne peut plus marcher, à Mathieu qui est en dépression, à Claude qui a tout oublié, à Hugo dont la maman n’a pu assister à son spectacle de Noël, une pensée toute spéciale en ce Noël chargé. Je vous souhaite à tous le seul cadeau qui compte : la santé. Quand on l’a perdue, on sait à quel point elle est précieuse. Quand on la retrouve, on oublie qu’elle peut encore nous quitter. De toutes les leçons de vie et de solitude, la maladie est la plus cruelle et la plus efficace. C’est peut-être pourquoi nous sommes si généreux lorsque vient le temps de partager nos microbes…»



cherejoblo@ledevoir.com
Twitter.com : @cherejoblo

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jeudi 19 décembre 2013

La pensée (réconfortante) du jour




« Dans un univers passablement absurde,
il y a quelque chose qui n'est pas absurde,
c'est ce que l'on peut faire pour les autres. »

André Malraux

mercredi 18 décembre 2013

Bonheur de lecture





« Chacun, même le plus perdu des hommes, a dans son âme une chaumière, avec une clochette à l'entrée. Le vent parfois la fait bouger. »

Christian Bobin

mardi 17 décembre 2013

La citation (souriante !) du mardi




« La vie m'aura servi de leçon.
Je ne recommencerai pas. »

Frédéric Dard

lundi 16 décembre 2013

Le sourire du lundi




« Chacun de nous est une lune,
avec une face cachée que personne ne voit. »

Mark Twain

dimanche 15 décembre 2013

La pensée du dimanche




« Quand il neige à plein temps,
c’est comme du silence qui tombe. »

Félix Leclerc